20/10/2011
Les hérétiques pronostiques pour 2012.
La politique fiction va bon train en période de pré-campagne électorale pour la future présidentielle. L'hérétique n'y fait pas exception et m'a demandé un avis quant à la future place du Centre (et plus particulièrement du Centre-droit) dans cette élection.
En apercevant la photographie électorale actuelle (14 candidats potentiels, François Hollande largement vainqueur dans les intentions de vote), je me dis (que d'originalité!) qu'un sondage en novembre 2011 ne préfigure pas du résultat d'avril 2012. On s'étonne presque que le candidat d'une famille politique aux affaires depuis presque 10 ans soit impopulaire et donné pour vaincu. Et qu'inversement, le candidat du premier parti d'opposition soit donné largement vainqueur.
Tout d'abord, je note que tous les candidats ne sont pas officiellement en campagne (et pas des moindres: ni Sarkozy, ni Bayrou ne se sont déclarés). Comment peut-on judicieusement mesurer l'impact dans l'opinion d'un candidat et de ses idées quand lui-même n'est pas en mode "offensive électorale"?
Je pense que Nicolas Sarkozy n'est jamais aussi bon que dans la peau du candidat. J'ai le souvenir de 2007 avec relativement peu de fausses notes. Le simple fait qu'il veuille se déclarer le plus tardivement possible est également un choix fort judicieux: "Plutôt que de blablater comme mes adversaires, je maintien le cap et je me place au dessus de cette lutte des partis dans l'intérêt de la France et des français", qu'il pourrait dire. Finalement, peut-être est-il déjà en campagne...
Il y a trop de composantes inconnues pour arriver à faire un pronostique viable: que va donner la confrontation des programmes? Les français veulent-ils vraiment d'une alternance à l'avantage de la Gauche, impliquant sortie du nucléaire, droit de vote des étrangers et remise en cause de nombre de mesures adoptées depuis 2002 (réforme des retraites en tête)?
Cette dernière composante me semble assez essentielle, notamment parce que je suis avant tout passionné d'Histoire. L'Histoire française est lue de manière cyclique, notamment depuis la révolution de 1789. La succession de régimes s'est faite selon l'optique d'alternance "Monarchie/République/Empire". L'implantation de la République "dans les têtes" l'a partiellement stoppée. En appliquant ce principe à notre 5ème République, nous aurions une succession "De Gaulle 1958, De Gaulle 1965, Pompidou 1969, Giscard 1974, Mitterrand 1981, Mitterrand 1988, Chirac 1995, Chirac 2002, Sarkozy 2007, X 2012", soit une constante "2 mandats droite gaulliste, 1 alternance interne à la droite gaulliste, 1 alternance vers les divers-droites, 2 mandats gauche". Nous serions donc à la moitié de ce cycle et il faudrait se préparer logiquement à une alternance vers un "divers-droite".
L'hérétique aurait ainsi raison, et François Bayrou aurait tout intérêt à l'écouter ;-)
12:47 Publié dans Centre, Droite, Elections, France, Gauche, Histoire, Modem | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
14/10/2011
Pourquoi tant d'agitation à Gauche autour du vote des étrangers aux élections locales?
J'avoue ne pas comprendre la détermination des candidats à la Primaire du PS (pardon, Primaire Citoyenne) à vouloir défendre à tout prix le droit de vote des étrangers aux élections locales. Seule Ségolène Royal le refusait. Dans une moindre mesure, Manuel Valls proposait un référendum sur la question. Passé le deuxième tour de Dimanche, il est donc plus que certain que le candidat du plus grand parti politique de l'opposition en fera un de ces chevaux de bataille.
N'y étant pas particulièrement favorable (et n'en voyant pas l'utilité), plusieurs questions me chiffonnent.
D'un, la citoyenneté résulte de la nationalité. Il faut être français pour avoir un droit de vote. Donc si un étranger veut pouvoir voter, rien ne l'empêche de demander une naturalisation. Après tout, devenir français est symbole d'adhésion au pays et à sa nation. A quoi bon créer une mesure quant une solution existe déjà?
De deux, le cas des citoyens communautaires (pouvant voter entre autres aux élections locales) se justifie par la Communauté formée par la France et les 26 autres pays de l'UE. Via l'UE, les européens ont un destin commun, ce que la France n'a pas avec les pays d'où provient son immigration extra-communautaire. Justifier le droit de vote des étrangers non-communautaires aux élections locales ne peut donc se baser sur les mêmes critères que ceux instituant la "citoyenneté européenne".
De trois, justifier la participation à une élection pour des motifs économiques (en premier lieu, celui de l'impôt payé), c'est revenir à la logique du suffrage censitaire d'avant la seconde République (arrivée du suffrage universel en France = 1848). La France autoriserait donc l'existence parallèle de deux modes de suffrages, l'un universel et l'autre censitaire. Cela n'a pas de sens, et même le Conseil Constitutionnel ne pourrait l'accepter (c'est en effet contraire à l'Article 3 de la Constitution de 1958, qui précise à son 3ème alinéa: "Le suffrage peut être direct ou indirect dans les conditions prévues par la Constitution. Il est toujours universel, égal et secret"). Les socialistes ne seraient-ils pas démocrates au point de rogner ainsi sur la règle du suffrage universel?
Enfin, payer des taxes sur le travail, pour la SECU, l'impôt sur le revenu, la TVA, etc, c'est donner des recettes aux deux budgets que gère l'Etat central. En contre-partie, payer sa Taxe d'Habitation (ou Foncière) abreuve les budgets des communes (objet de l'extension du scrutin). Un calcul serait intéressant pour montrer la contribution bien plus massive aux budgets de l'Etat et de la Sécurité Sociale. Pourquoi donc donner le droit de vote à des élections locales si la contribution fiscale de l'individu concerne majoritairement les budgets publics nationaux?
Cette proposition me semble dangereuse et j'avoue me méfier des motifs justifiant son adoption. Elle est pleine de contradictions juridiques. Elle surfe sur le sentimentalisme en masquant potentiellement un soucis d'ancrage local par clientélisme. Elle est enfin en totale opposition avec la tradition républicaine en matière d'intégration des étrangers (intégration couronnée, il me semble, par l'acquisition de la nationalité française...).
Peut-être une petite comparaison avec la situation en Belgique serait la bienvenue (loi en vigueur depuis 2004).
11:39 Publié dans Elections, Europe, France, Gauche, immigration | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
15/05/2011
Parole de Gauche: Pour rétablir la justice dans l'enseignement supérieur, détruisons le dernier bastion de la méritocratie républicaine
13:19 Publié dans Elections, Enseignement, France, Gauche | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
14/04/2011
La Laïcité, une notion française à géométrie variable.
La laïcité a été au coeur de l'actualité française de ces dernières semaines. En accusation, le non-respect des règles du vivre-ensemble par les pratiquants les plus orthodoxes de l'Islam (voir ici et là). On peut s'interroger sur le besoin fondé d'un tel débat au sein de l'UMP, comme le fait avec justesse Natacha Polony. On peut s'accorder sur le fait qu'un tel ébat est utile, ne serait-ce que pour rappeler les principes du vivre-ensemble à la française. On peut donner le bénéfice du doute à un gouvernement et à un président de la République, qui sont communs des grands discours mais ne donnent pas de suites dans leurs actes. on pouvait s'imaginer que la leçon avait été retenue, que l'UMP aurait à coeur de se montrer irréprochable sur la question de la séparation des Eglises et de l'Etat et sur la primauté de "la loi des hommes" sur "la loi de Dieu". C'était visiblement trop espérer.
Dernièrement, le Président de la République a demandé aux directeurs de grandes écoles françaises de permettre aux étudiants juifs pratiquant de passer le concours d'entrée un autre jour que celui initialement prévu. La raison à cela: la pâque juive tombe en plein concours.
La déception est de rigueur, je vous l'accorde. Depuis quand justifie-t-on un favoritisme sous prétexte religieux? On me rétorquera que les fêtes chrétiennes sont des jours fériés en France, et qu'à ce titre on ne peut pas ne pas prendre en compte celles des autres confessions. Le fait est que ces fêtes n'ont de sens religieux que pour les chrétiens et que ce sens c'est sécularisé pour les autres. Aujourd'hui, le lundi de Pâques ou bien le jour de Noël sont devenues tout autant des fêtes chrétiennes que des fêtes païennes, sinon laïques. Le fait que le jour soit férié n'est plus motivé par un argument religieux mais bien par habitude (d'ailleurs, le gouvernement Raffarin ne se gênait pas pour supprimer la journée fériée de la Pentecôte au nom de la solidarité inter-générationnelle). Il y a manifestement différence de traitement et rupture du principe d'Egalité de traitement. Or, les concours d'entrée aux grandes écoles ne sont-ils pas une application même du principe de méritocratie républicaine?
Pourquoi une telle différence de considération? Il me semble simplement qu'il est aujourd'hui facile de taper sur l'Eglise catholique, d'autant qu'il y a longtemps qu'elle a acceptée le principe de laïcité en France ainsi que celui de liberté d'expression (ce qui vire parfois à l'excès, jugez-en par l'actualité avec le futur festival d'Avignon et son "Piss christ"). A l'inverse, critiquer l'Islam ou le Judaïsme en France est passible d'accusations à caractère racisto-islamophobe ou bien antisémite, c'est au choix.
Mais ceci est un autre débat. Dans le fond, on constate que les actes ne suivent pas les paroles, même avec création d'un débat interne au parti majoritaire. Sachons le garder à l'esprit.
10:46 Publié dans Culture, France, Religion, Société | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
09/04/2011
"Le français est en outre devenu une langue insignifiante"
J'aimerais parler plus de la Belgique, commenter et faire partager ce qui se passe dans mon pays d'adoption. Néanmoins, je dois bien l'avouer à regret, il ne se passe pas grand chose, ou du moins pas grand chose d'officiel. J'avais déjà quelque peu énuméré la situation dans un précédent billet. A ce jour, nul ne sait où en sont les négociations entre l'informateur royal et les présidents des deux formations majoritaires (N-VA et PS). Ce silence radio est aussi bénéfique (il permet de calmer le jeu des petits commentaires politiques) que néfaste : la frustration qui en sort offre parfois de jolies bourdes qui attisent d'autant plus les tensions entre politiciens.
Je pourrais parler du changement de nom de la communautés francophone en "fédération Wallonie-Bruxelles", provocation gratuite à l'égard des locuteurs flamands. Je pourrais vous parler de l'indispensable présidente du CdH (chrétiens-démocrates francophones) qui annonce "Aujourd'hui, nous sommes d'accord, mais peut-être plus demain"... Merci Joëlle pour cette importante contribution.
Non, j'ai plutôt envie de montrer aux français à quel point la N-VA, ce parti que les électeurs flamands ont estimés pragmatique, cohérent et modéré tutti quanti, peut se montrer capable de merveilleuses prouesses. Cette semaine, l'intervention d'un de ses nouveaux membres, Meneer Vic Van Aelst, a provoqué une réaction en chaîne de TOUS les partis flamands (exception notoire du VB) qui y ont vu une occasion de s'attaquer à la N-VA.
Ce cher Monsieur donc propose, dans un entretien au journal de sensibilité socialiste De Morgen, de remplacer l'enseignement obligatoire du français comme première langue étrangère en Flandres par celui de l'anglais. On pourrait le comprendre, en soi l'idée n'est pas dérangeante et mérite débat. C'est un peu plus la justification qui dérange: Le français serait devenu une langue insignifiante! Je vous laisse en juger:
« Les Flamands doivent arrêter les cours de français à l’école, les Flamands doivent arrêter de tendre le bâton qui les bat! Pourquoi ne ferions-nous pas en Flandre ce qu’ils font en Wallonie depuis 180 ans ? Ils y enseignent quand même l’anglais comme deuxième langue, non ? Le fait que nous enseignions le français est utilisé par les francophones comme excuse pour parler le français ici. Les francophones n’arrêteront leur lutte que quand le cabillaud au large de la côte d’Ostende parlera français.Le français est en outre devenu une langue insignifiante. »
Ambiance donc! Bon pour l'anecdote, il s'est pris toute la classe politique contre lui, il n'a pas été soutenu officiellement par son parti (mais pas non plus désavoué). Les arguments ont fusé en défense du français, notamment cet aspect sinon celui-ci. Mais au-delà du côté sérieux de l'affaire, je vais vous donner un (allez, deux) bons arguments en faveur de l'obligation des Flamands à apprendre le français en classe: l'accent et les fautes! Voici un léger best-of (essayez de rouler mentalement les "r"):
- "Oui, j'ai trop bu hier, j'ai mal à mon tête et à ma ventre."
- " Attends, il faut que j'aille à la toilette... Quoi, on dit LES TOILETTES? Mais pourtant il n'y en a qu'une (pas con!)."
- " J'aime bien les orages, il y a des éclairages partout."
- "Ma chambre est en bordel, on dirait que j'ai été bricolé (comprendre "cambrioler").
- "Il y a des travaux à côté de chez moi, je n'en peux plus d'entendre la foureuse dès 7h du matin (c'est chaud chez les voisins apparemment!)".
J'avoue avoir oublié beaucoup d'autres expressions, mais c'est un régal à entendre. Alors non Meneer Vic Van Aelst, n'empêcher pas les Flamands d'apprendre le français, c'est un réel plaisir à entendre (et inversement des francophones parlant le néerlandais puisque je m'y colle depuis Octobre dernier et que je pourrais lister les bêtises que j'ai pu sortir devant mes beaux-parents ^^).
12:13 Publié dans Belgique, Culture, Enfumage, Régionalisme, Société | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note


